Pédagogie active

Une histoire de pédagogie active

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A l’origine de la « pédagogie active » : le chemin de l’apprentissage

Tout démarre dans la Grèce antique. Pédagogie tire son étymologie de « paidagogós » qui vient de « paidos » pour enfant et de « gogía » pour conduire.  Car en effet, c’est ainsi qu’était désigné l’esclave qui accompagnait les enfants sur le chemin de l’école et restait avec lui durant la journée d’instruction. Mais quel lien avec l’apprentissage ? Et bien, la particularité, c’est que ces mêmes esclaves, pouvaient poursuivre l’instruction au domicile agissant ainsi comme des « précepteurs ». En effet, à l’exception de l’éducation physique et de l’instruction militaire, tout enseignement était privé.

G. PALMADE, psychosociologue, écrit en 1949 au sujet de la pédagogie, « Pour être véritablement actif, en donnant à ce mot sa valeur de pleine découverte personnelle, l’élève n’a pas à répondre à une série de questions fractionnées, mais à se confronter avec la totalité d’un problème, de manière à découvrir par lui-même l’essentiel de la solution globale ».

Trente ans auparavant, J.DEWEY (1916) aborde la pédagogie sous la dimension de la responsabilisation du stagiaire par la présentation suivante : « il faut en premier lieu que l’élève se trouve dans une situation authentique d’expérience, qu’il soit engagé dans une activité continue à laquelle il s’intéresse pour elle-même ; en deuxième lieu, qu’un problème véritable surgisse dans cette situation comme stimulus de la réflexion ; en troisième lieu, qu’il dispose de l’information et fasse les observations nécessaires à la solution ; en quatrième lieu, que des solutions provisoires lui apparaissent et qu’il soit responsable de leurs élaborations ordonnées ; en cinquième lieu, que la possibilité et l’occasion lui soient données de soumettre ses idées à l’épreuve de l’application pour déterminer leur portée et découvrir leur validité ».

De nos jours, la pédagogie est un terme désignant un ensemble de méthodes et pratiques liées à l’enseignement et l’éducation. En somme, selon certains auteurs, il s’agit d’une science appliquée dont l’étude se porte sur l’apprentissage et la transmission. La pédagogie influence d’autres sciences, telles que la psychologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, l’histoire ou encore la médecine etc.. 

Les méthodes pédagogiques en quelques lignes…

A ce jour, les différentes méthodes pédagogiques sont répertoriées en cinq catégories :

  • La méthode expositive (exemple du cours magistral)

Elle part du postulat que le formateur est un « sachant » et que la transmission passera par un exposé, au profit de stagiaire (qui ne détient pas le savoir). En fin d’exposé une évaluation est proposée afin de voir si les nouvelles connaissances sont assimilées.

  • La méthode affirmative (ou démonstrative)

Très proche de la méthode expositive, parce que partant du même postulat, il s’agit d’intégrer une démonstration, permettre aux apprenants d’expérimenter et les faire valider ce qui a été démontré par le formateur.

  • La méthode interrogative ou maïeutique

Ici, la posture du formateur change, il devient « passif » en interrogeant l’apprenant. Celui-ci va construire lui-même ses propres connaissances au travers du questionnement et du sens qu’il donnera aux différentes réponses. Cette méthode rend l’apprenant plus « acteur » de sa formation.

  • La méthode active ou dite « de découverte »

Dans cette approche, les postulats précédents sont cassés. Le formateur passe du statut de « sachant » à celui de « ressource » ou « guide ». Les connaissances ne s’apprennent plus mais se construisent par l’action. Il s’agit d’une action cognitive que le stagiaire devra mettre en œuvre. Cette action cognitive ne peut émerger que sous certaines conditions. Tout d’abord, le stagiaire doit s’engager dans la démarche, ainsi différents facteurs de motivation (intrinsèques et extrinsèques) sont sollicités. Par ailleurs, il doit se reconnaitre dans le groupe en tant que membre à part entière et s’inscrire dans une démarche collaborative. Enfin, les activités de débriefing sont primordiales. Ce processus d’apprentissage vient structurer l’acquisition de connaissances et le développement de nouvelles capacités car l’apprentissage n’est plus subit mais vécu. L’ancrage mémoriel est alors beaucoup plus fort.

  • La méthode experientielle

Cette méthode part du postulat que l’erreur est une valeur positive à l’apprentissage. Ainsi, le stagiaire met en œuvre, tire des conclusions et propose les mesures correctives, et ce jusqu’à la réussite. Le formateur détient la connaissance et le savoir faire pour permettre la régulation de l’expérimentation.

Les méthodes actives en pédagogie, de quoi s’agit-il ?

En introduction, nous avons fait référence à la Grèce antique. En effet, c’est Aristote qui pose les fondements de la méthode active (appelée par un biais de langage « pédagogie active »). Il parle de l’éducation par habitude et démontre cette approche dans l’Ethique à Nicomaque : « les choses qu’il faut avoir apprises pour les faire, c’est en faisant que nous les apprenons : par exemple, c’est en construisant qu’on devient constructeur, et en jouant de la cithare qu’on devient cithariste ». D’ailleurs, il renforce son approche en soutenant que cela vaut également pour l’éducation moral « C’est en pratiquant les actions justes que nous devenons justes, les actions modérées que nous devenons modérés, et les actions courageuses que nous devenons courageux. ». Il considère donc que c’est par l’habitude de cette éducation active, que les dispositions naturelles se développent.

Et, de plus, l’éducation de l’habitude ne se limite pas à l’apprentissage de techniques et au développement d’attitudes morales, elle concerne également l’enseignement scientifique. « C’est par l’exercice de la science que devient savant, en acte l’être qui possède la science. ». Aristote décline ainsi sa vision de ce que l’on appelle le « savoir-faire » (hard skills), le « savoir-être » (soft skills) et le « savoir ». Aristote proposait la première définition de ce que l’on nomme aujourd’hui l’acquisition de compétence par le biais du développement de différentes capacités.

Fort de ce rappel sur la genèse de la méthode active en pédagogie, il est intéressant d’établir une cartographie des différentes formes d’apprentissage que nous pouvons y associer.

Quelles sont les différentes formes d’apprentissage en méthode active ?

Tout d’abord nous trouvons l’apprentissage par le projet (pédagogie par projet). Cette méthode active permet de générer des apprentissages à travers la réalisation d’une production concrète. Cette méthode peut-être soit individuelle (réalisation d’un exposé ou d’une maquette) soit collective.

Ensuite, il y a l’apprentissage par résolution de problèmes. Il s’agit d’une méthode active qui permet aux stagiaires de travailler en groupes afin de résoudre un problème posé par le formateur, sans aucune formation particulière, de façon à faire des apprentissages de contenu et de savoir-faire, et à découvrir des notions nouvelles de façon active. Le groupe doit expliquer les phénomènes sous-jacents au problème et tenter de le résoudre dans un processus non linéaire. Le formateur a un rôle de facilitateur.

Également, l’apprentissage par la découverte propose une méthode active qui s’appuie sur une démarche inductive. Elle consiste en ce que la discipline à apprendre ou la capacité à acquérir n’est pas présentée aux stagiaires dans sa forme finale ou comme produit-fini, mais plutôt sous une forme telle qu’il doit la réorganiser ou la transformer avant de se l’approprier et l’associer à sa structure cognitive, pour l’intégrer pleinement à son répertoire personnel de connaissances et développer de nouvelles capacités

Ou encore, il y a l’apprentissage à partir de cas concret. Cette méthode active se déploie au travers d’études de cas qui consiste en une analyse d’une situation complexe s’appuyant sur un cas réel. Après analyse de la situation, le stagiaire entreprend des actions pour résoudre le problème.

En outre, il est intéressant de faire un parallèle entre la méthode de la découverte et l’apprentissage expérientiel. Cette méthode active est basée sur toutes les expériences qui nous ont marqués : le contact direct (avec soi, les autres, l’environnement) mais surtout, un contact réfléchi. Elle s’effectue sans médiation, sans zone tampon. L’acte d’apprendre et de transfert de capacité se déroule dans un contexte donné. Au travers de l’analyse des phénomènes étudiés, l’apprenant, avec l’accompagnement du formateur, cherche à identifier les théories, les méthodologies, etc. C’est donc une méthode de recherche dans laquelle le « chercheur », ici l’apprenant, contrôle et/ou manipule délibérément les variables afin de cerner si il existe entre elles des relations significatives.

Enfin, nous terminons par l’apprentissage coopératif ou collaboratif qui induit de mettre en œuvre une stratégie qui préconise l’apprentissage et la résolution de problèmes en petits groupes. C’est une façon d’organiser et de planifier l’apprentissage en se basant sur certains principes comme l’interdépendance positive, l’interaction positive, la responsabilité individuelle, l’apprentissage d’habiletés sociales, l’analyse du processus.

En bref ,ce que l’on appelle la pédagogie active:

En méthodes actives, ce sont les apprenants qui théorisent et formalisent à partir de leurs propres actions.

A toutes ces méthodes, s’associent différentes techniques comme l’exposé, la classe inversée, les exercices, les retours d’expériences, la lecture, l’étude de cas, le jeu, le jeu de rôle, le film, les simulations, le jeu d’entreprise, la mise en situation, le débat, les réunions, la démonstration, l’expérimentation, l’enquête, la conduite de projets etc… Et encore à ceci nous associons les espaces et les environnements : réalité virtuelle ou augmentée, environnement de travail, salle de formation, plateforme technique, atelier, learning lab, pour aller enfin à la modalité : présentiel, E-learning, modalité mixte…  

Il est donc parfaitement admissible qu’au regard de tout ce qui vient d’être vu, le champ des possibles en formation est immense et que la seule limite à la mise en œuvre d’une formation qualitative tient de la simple volonté à la rendre QUALITATIVE. En bref, qui veut, peut.

Qu’il n’y ai pas de méprise, nous ne parlons pas « d’argent » ou de moyens « extraordinaires », nous parlons simplement de donner du sens à la pédagogie en inscrivant un parcours de formation dans un cercle vertueux. Un cercle vertueux, naissant de la synergie de 3 acteurs interdépendants :

  • Le prescripteur par la réponse donnée au besoin de l’apprenant,
  • L’apprenant lui-même par son implication dans la formation,
  • L’organisme de formation par son expertise pédagogique et sa capacité à remettre en question ses propres pratiques (vision et état d’esprit, compétences pédagogiques, modalités, outils, expertise des formateurs, méthodes, supports etc..). 

La pédagogie active : de la science à l’art.

Ainsi, nous avons tâché de vous apporter une vision élargie de la pédagogie active. Pourquoi ce focus ? Parce qu’aujourd’hui, le monde est, comme l’écrivait déjà J. Beillerot (1982), précurseur et visionnaire, dans une « société pédagogique », où tout est fait pour nous stimuler cognitivement.

Seulement, il y a aussi ce que l’on appelle la « fausse pédagogie active ». Nous appellerons cette méthode « la méthode du laisser-faire ». Être actif ne signifie pas que le stagiaire fait « tout ce qu’il veut et n’importe quoi ».

Même dans les méthodes les plus actives, il s’agit toujours d’une action pédagogique, elle doit donc être structurée, jalonnée, prévue. Nous avons, tous, déjà rencontré des méthodes « laisser-faire » à propos des méthodes par essais-erreurs. Au final, l’apprenant trouve ce qu’il fallait faire mais le formateur ne sait pas comment ; ainsi nous concluons que le processus n’est pas du tout maîtrisé. On peut donc conclure que l’apprenant n’a pas assimilé la démarche (même s’il croit qu’il a compris).

Une autre forme consiste à utiliser des outils « tendances, ultra modernes » (très en vogue avec la digitalisation des formations et l’engouement pour le distanciel), mais qui n’ont aucun sens au regard de l’objectif pédagogique visé, juste là « pour en mettre plein la vue ».

Chez IN-FI-NE, plutôt qu’une science, nous avons choisi de positionner la pédagogie comme une démarche globale, un concept, un art dont le formateur est le maitre.

Pourquoi cette approche ?

Tout d’abord, parce que la maitrise de ces différentes modalités et l’agilité du formateur à passer de l’une à l’autre, permettent d’aller au-delà de la simple transmission d’un contenu et d’embarquer les apprenants, tout comme un peintre nous transporte à la vision d’une toile. 

Parce qu’apprendre nécessite avant tout une réflexion sur soi et sur son rapport au contexte d’apprentissage, comme le sculpteur s’imprègne de son espace.

Quand certains voient au premier jour d’une formation, une simple présentation de programme ou de planning, moi je préfère voir l’opportunité de fédérer les stagiaires autour d’un projet commun et permettre à chacun de trouver Sa place. Ainsi, cette séquence de formation permet d’interagir avec le stagiaire de manière positive via l’environnement proposé, la modalité pédagogique choisie et la technique d’animation.

De fait, nous comprenons que oui, la formation est un outil de développement cognitif. Elle permet à travers les émotions et les expériences vécues de développer différentes aptitudes, appétences, capacités qui doivent être abordés à travers deux spectres : hardskills et softskills. Dans cet équilibre se trouve La compétence recherchée.

Dans cette aventure, l’expertise pédagogique du formateur garantie, et ce quel que soit la méthode active choisie, le support, ou l’outil, l’objectif final de la démarche pédagogique : guider l’apprenant dans son évolution, l’accompagner à s’épanouir et s’accomplir dans sa montée en compétence.

Auteur : Julien Belland

Contributeur: I.H

Pour aller plus loin :

ARDOINO J. et Lourau R. (1994), Les pédagogies institutionnelles, Paris, puf, « Pédagogues et pédagogies

ARISTOTE , Éthique à Nicomaque, II, 1, 1103 a 33, Métaphysique, O, 8, 1049 b 30-33

BANDURA A. (1980), L’apprentissage social, Bruxelles, Mardaga.

BEILLEROT J. (1982), La société pédagogique, Paris, puf.

DEWEY J. (Démocratie et éducation, New York, 1916)

FILLOUX J.-C. (1987), Psychologie et pédagogie ou d’une prise en compte de l’inconscient dans le champ pédagogique. Note de synthèse, Revue française de pédagogie, n° 81, octobre – novembre – décembre 1987, p. 69-102.

GOGUELIN, P. (1994). Chapitre II – Le pédagogue et le psychologue face à la formation [1]. Dans : , P. Goguelin, La Formation continue des adultes (pp. 20-26). Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

PALMADE G., Les méthodes en pédagogie, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? »

POURTOIS, J., Desmet, H. (2012). L’éducation postmoderne. Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.